01 février 2009

Cygne noir, paroles sibyllines et monnaie de singe ?

En 2008, l’executive MBA de la HEG de Fribourg a étudié le thème du "développement durable” par rapport à trois  économies émergentes : Chine, Inde et Turquie. Différentes forces (économique, politique, environnementale, sociologique, ... ) ont été modélisées par la pensée réticulaire - lien
Les étudiants du programme EMBA, qui sont tous en emploi, ont intégré une partie des travaux réalisés par les étudiants des années précédentes. C’est donc plus de cinquante experts internationaux qui ont été consultés au final. Cette pratique s’inscrit dans la continuité. Trois ans ont été nécessaires pour valider certains effets. Il a également fallu tenir compte de la crise économique actuelle. Un résumé de ces travaux a été présenté jeudi 8 janvier à des représentants de l’économie, à des experts ainsi qu’à la presse.
Depuis 7 ans, la Haute Ecole de Gestion de Fribourg - www.heg-fr.ch se préoccupe de cet enjeu prioritaire. Comme d'autres d’ailleurs, dont l'Ecole Internationale du Traitement de l'Information à Paris - www.eisti.fr . La pensée systémique, nécessaire pour appréhender les problématiques complexes, a été progressivement introduite dans leurs programmes d’enseignement par le Professeur Yves-Pierre Ducret - Xing . Tout comme la pensée stratégique qui a été exercée selon une formule “laboratoire”. Cet enseignement pratique met l'accent sur le recueil, l'analyse et la diffusion restreinte d'informations sur les économies émergentes.
Les résultats obtenus ont permis de préciser quels sont les principaux rapports de forces, les enjeux, les risques et tensions majeures par rapport à chaque pays respectif. La conception du développement durable n’est évidemment pas la même en Chine, en Inde ou en Turquie qu’en Europe. La conception même de l’état / société est différente. Ils sont confrontés comme nous à de sérieuses difficultés, mais leurs analyses sont autres. Les rapports le montrent.
Ce travail de réflexion va continuer. Des paramètres de veille ont été définis. L’actualité des prochaines semaines va confirmer ou infirmer certaines tendances. Pendant une année maintenant, les travaux seront plus opérationnels au sens où différentes sources seront sollicitées pour préciser les évolutions majeures qui se produisent actuellement.
C'est peu dire que nous sommes entrés dans une période instable que l'on peut représenter par le cygne noir sur un plan systémique. Le cygne noir, évoqué par le philosophe Nassim Nicholas Taleb, correspond  à un fait extrême, une rupture non prévisible, que nos modèles et croyances nous empêchent de voir. Nous avons cru trop longtemps qu'il n'existait que des cygnes blancs ...
Dans tous temps, surtout quant ils sont troublés, par peur de troubles majeurs et de désintégration, les nations et les peuples ont eu tendance à faire appel aux oracles pour connaître l'avenir. Si autrefois, c'était les prêtres et les sibylles qui délivraient la bonne parole, aujourd'hui, ils ont revêtu d'autres atours. Certains futurologues sont des hommes d'état, des financiers, des sociologues ou encore des scientifiques. L’imprévisible et les sujets sensibles ne manquent pas : réchauffement climatique, guerre de l'eau, crise économique, crise de l'énergie, spéculation sur la nourriture, retrait du nucléaire, ... Autant de domaines complexes qui souvent nous dépassent. Pourtant le message est toujours le même : "Nous contrôlons la situation !".
La monnaie de singe était le moyen de passer pour les jongleurs et bateleurs du moyen-âge en s'acquittant d'une dîme par une représentation. Ils ne payaient pas réellement, ils faisaient un numéro. Les "subprimes" ou l'affaire Madoff en sont des illustrations modernes. Au delà du court terme, est-ce que nous contrôlons réellement la situation ?
L'enjeu est donc là pour nos sociétés humaines : trouver des repères et, si possible, dans la durée, limiter les rapports de force et de puissance, gérer la création de nouveaux monopoles, concilier enfin des manières de penser très différentes selon les cultures et les besoins.
Pour cela, il est nécessaire de former des gens qui soient capables d'avoir le recul nécessaire tout en ayant une vision d'ensemble. Ils pourront plus tard  élaborer une véritable stratégie pour gérer ce type de problématique complexe.

Haute école de gestion de Fribourg

Eric Décosterd
Directeur du programme EMBA

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